14.09.2017, 00:01  

Un chien thérapeute

Abonnés
chargement
«Nessy» en compagnie de sa maîtresse, la pédopsychiatre Marie-Hélène Dutoit.

 14.09.2017, 00:01   Un chien thérapeute

MORGES - Marie-Hélène Dutoit propose à certains de ses petits patients un travail thérapeutique axé sur la médiation animale.

Jocelyne Laurent

jocelyne.laurent@lacote.ch

«Nessy» est entrée dans la vie de Marie-Hélène Dutoit il y a un peu plus d’une année puis, quelque temps plus tard, dans celle de ses petits patients. La psychiatre pour enfants et adolescents a plusieurs cordes à son arc de thérapeute, dont celle d’exercer, dans son cabinet de Morges, son métier avec l’aide d’un chien. «Nessy», une chienne de 5 ans et demi, d’accompagnante de vie d’une...

Jocelyne Laurent

jocelyne.laurent@lacote.ch

«Nessy» est entrée dans la vie de Marie-Hélène Dutoit il y a un peu plus d’une année puis, quelque temps plus tard, dans celle de ses petits patients. La psychiatre pour enfants et adolescents a plusieurs cordes à son arc de thérapeute, dont celle d’exercer, dans son cabinet de Morges, son métier avec l’aide d’un chien. «Nessy», une chienne de 5 ans et demi, d’accompagnante de vie d’une personne handicapée, est devenue thérapeute à quatre pattes.

La golden retriever, propriété de l’Association suisse d’éducation de chiens d’assistance Le copain (lire encadré), s’est retrouvée sans maître après le décès de la première personne qu’elle assistait. Entre-temps, la pédopsychiatre morgienne nourrissait son projet de travailler avec un chien et avait fait une demande en ce sens à l’association qui y a répondu favorablement.

Entrer en lien grâce au chien

Une vingtaine de patients, âgés de 5 à 13 ans, suivent une thérapie en compagnie de «Nessy» – simple présence rassurante pendant la séance ou alors partie prenante lors d’une activité plus spécifique. «Le travail que je fais avec «Nessy» n’est pas une nouvelle méthode mais un enrichissement par rapport à mes vingt années de formation. La chienne est intégrée dans cette pratique psychodynamique surtout pour des enfants ayant des troubles de la séparation, de l’attachement et de la communication», explique la pédopsychiatre.

Après un peu plus d’une année de thérapie en sa compagnie, Marie-Hélène Dutoit tire un bilan plus que positif. «Le travail avec «Nessy» est très riche. Le chien joue un rôle de médiation extraordinaire, il facilite le lien thérapeutique entre les patients et moi. En plus, «Nessy» rassure beaucoup les enfants qui craignent de se séparer de leurs parents et de se retrouver seuls en compagnie d’un adulte inconnu», explique la spécialiste.

Présence bienveillante

Perçu comme une présence bienveillante par les enfants, rassurant, le chien se fait même «accélérateur» du processus thérapeutique en permettant de progresser plus rapidement dans le travail sur le lien. «Pour certains enfants, le lien avec un chien est perçu comme moins dangereux qu’avec un humain, l’animal ne juge pas, ne critique pas, explique la pédopsychiatre. Par ailleurs, il existe une proximité affective et émotionnelle avec un chien qui fait que l’on peut nouer assez facilement un lien affectif fort avec lui.»

Sans compter le comportement de l’animal lui-même, sensible et intuitif, qui a un effet sur les jeunes patients. «Nessy ressent quand il se passe quelque chose d’émotionnellement très fort», raconte Marie-Hélène Dutoit. Et de citer deux exemples où c’est grâce au chien que, petit à petit, des relations entre la thérapeute et les enfants, quasi inexistantes en raison de leur trouble, se sont dénouées et qu’un lien plus riche a pu prendre forme. Des petits riens en apparence mais une avancée considérable du point de vue relationnel. «Je n’arrivais pas à entrer en relation avec un enfant qui a des troubles autistiques. Le chien est venu poser sa tête sur ses genoux. L’enfant a eu un mouvement de recul. «Nessy» s’en est allée puis est revenue plus tard. Là, l’enfant a posé sa main sur sa tête. A partir de ce moment, nous avons pu entrer petit à petit en interaction», témoigne la pédopsychiatre.

Plaisir de suivre une thérapie

Une autre fois, c’est un enfant enfermé dans son monde et déprimé en raison de la séparation de ses parents, peu désireux d’entrer en interaction, qui est sorti de son indifférence grâce à «Nessy». Un jour, tout à coup, il a souhaité lui donner un ordre. «Avec une toute petite voix et, en plus, il lui tournait le dos. Je lui ai expliqué que cela ne marchait pas car il n’était pas en lien avec «Nessy». On a pu aborder certaines choses, il a petit à petit pu développer un lien avec le chien puis avec moi également. Au début, il ne me regardait pas non plus», explique Marie-Hélène Dutoit.

Dans un cas plus délicat où un enfant a été confronté trop tôt à quelque chose de l’ordre de la sexualité, «Nessy» s’est fait le médiateur du dialogue entre l’enfant et la spécialiste. Face à certains comportements inappropriés envers le chien, la pédopsychiatre a pu expliquer qu’un chien, au même titre qu’un humain, n’aimait pas qu’on lui touche certaines zones et qu’il fallait le respecter.

«Le travail avec «Nessy» m’a apporté beaucoup d’ouverture. Les enfants, rassurés par sa présence, me font davantage confiance, sans compter que cela augmente leur plaisir de venir en thérapie», conclut Marie-Hélène Dutoit.

«Les animaux utilisés pour faciliter le lien, pourquoi pas? Utiliser la médiation animale comme support pour entrer en contact avec les enfants autre que la parole qui est parfois considérée comme menaçante est une démarche louable. La diversité des boîtes à outils propres à chaque thérapeute est une bonne chose», estime Philippe Stephan, pédopsychiatre, médecin-chef au Service universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à Lausanne.

Un copain pour la vie

Offre Viser l’autonomie des personnes atteintes dans leur santé. Tel est l’objectif de l’Association suisse d’éducation de chiens d’assistance Le copain, basée à Granges (VS). Les chiens d’assistance, formés par l’association, sont par exemple capables d’exécuter plus de cinquante opérations au bénéfice d’une personne à mobilité réduite. Sans compter les bienfaits de la présence d’un animal auprès d’un tel public. Il existe aussi des chiens d’éveil pour des personnes atteintes dans leur développement, d’autres pour des personnes épileptiques ou souffrant de diabète et, enfin, des chiens dits de thérapie, comme «Nessy». «Nous avons plusieurs chiens qui œuvrent comme celui-ci auprès de professionnels des secteurs de la santé et du social, explique la directrice Christelle Berney-Rard. Un chien de thérapie doit être très performant dans ses capacités liées à l’assistance mais il doit aussi et surtout accepter de s’y plier avec une population diversifiée. Il n’est pas le chien d’un seul bénéficiaire mais de plusieurs, en fin de compte.»

L’expérience morgienne «Concernant la demande de Marie-Hélène Dutoit, l’équipe n’a eu aucun doute. Son expérience avec les chiens et sa motivation nous ont tous convaincus. Elle fait un travail fantastique et j’espère sincèrement qu’à l’avenir d’autres spécialistes seront intéressés à intégrer dans leur environnement professionnel de tels compagnons ou d’autres, car il est prouvé qu’il n’y a pas que les chiens qui sont un atout dans les thérapies», affirme la directrice de l’association Le copain. www.lecopain.ch

Bio express

Marie-Hélène Dutoit entretient avec les animaux un lien très fort et ce depuis son enfance. Elle possède depuis plus de dix ans, en plus de «Nessy», deux chiens – un malinois et un teckel. Avec son chien malinois, elle avait débuté une formation dispensée par la Société suisse pour chiens de recherche et de sauvetage Redog. Passionnée de chevaux, elle a également été propriétaire d’un cheval et s’est initiée à l’hippothérapie à titre de développement personnel. Mais Marie-Hélène Dutoit n’a rien d’une amie des animaux illuminée. Avant d’ouvrir sa consultation en 2003 à Morges, la médecin psychiatre, spécialiste FMH enfants et adolescents, a été cheffe de clinique au Service de psychiatrie pour enfants et adolescents d’abord à Yverdon-les-Bains puis à Lausanne et, enfin, un an médecin responsable du centre psychothérapeutique sur le site de l’Hôpital de l’enfance à Lausanne.


Vous avez lu gratuitement
une partie de l'article.

Pour lire la suite :

Profitez de notre offre numérique dès Fr 2.- le 1er mois
et bénéficiez d'un accès complet à tous nos contenus

Je profite de l'offre !
Top