07.09.2017, 00:01  

Laisser s’envoler l’Aigle noir

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 07.09.2017, 00:01   Laisser s’envoler l’Aigle noir

Par vincent adatte

Non content d’être un acteur génial, aussi à l’aise en méchant «jamesbondien» («Quantum of Solace») qu’en alter ego tourmenté du cinéaste Arnaud Desplechin, Mathieu Amalric réalise aussi des films très originaux qui ne laissent jamais indifférents, tels «Le stade de Wimbledon», «Tournée» ou encore «La chambre bleue». Avec «Barbara», il nous livre rien de moins que son premier chef-d’œuvre!

Très...

Non content d’être un acteur génial, aussi à l’aise en méchant «jamesbondien» («Quantum of Solace») qu’en alter ego tourmenté du cinéaste Arnaud Desplechin, Mathieu Amalric réalise aussi des films très originaux qui ne laissent jamais indifférents, tels «Le stade de Wimbledon», «Tournée» ou encore «La chambre bleue». Avec «Barbara», il nous livre rien de moins que son premier chef-d’œuvre!

Très prisé, le biopic (du terme anglo-saxon «biographical picture») évoque un personnage ayant réellement existé. Dans la plupart des cas, il constitue, le plus souvent, un embaumement de première classe, qui dépossède sa victime de tout ce qu’elle avait de profondément vivant pour la statufier, telle un monument aux morts. Souvenez-vous de ce qu’Olivier Dahan a fait subir à la malheureuse Edith Piaf dans «La môme»!

Film dans le film

Quand on a proposé à Mathieu Amalric de réaliser un biopic sur Barbara, il dit s’être longuement demandé comment échapper à ce piège «mortel». Au final, il l’a évité de façon fascinante en racontant l’histoire d’un cinéaste (joué par lui-même) qui engage une comédienne (Jeanne Balibar) pour jouer le rôle de Barbara. Partant, il décrit comment l’actrice s’efforce par tous les pores de sa peau de s’approprier son personnage et combien celui-ci lui résiste. En résulte un film dans le film très troublant, qui instaure un jeu de miroirs vertigineux disant toute l’impossibilité du miracle de la réincarnation promise à l’amateur de biopic.

Antibiopic

Au contraire du réalisateur transi d’admiration auquel il prête ses traits, Amalric déjoue cette entreprise d’imitation en opposant la ressemblance frappante de Balibar (prothèse nasale aidant) et de son modèle à leurs voix qui, elles, diffèrent. Il va même encore plus loin dans cette sublime entreprise de déconstruction en montant en champ-contrechamp une séquence d’archives montrant l’adieu de la «vraie» Barbara à ses admirateurs à celui de l’actrice rejouant la même scène.

Dans cet écart sublime, le cinéma, art pourtant achevé de l’imitation, avoue qu’il ne sera jamais la vérité. En regard de l’aura emplie de mystère nimbant l’interprète de «L’Aigle noir», dont seule la voix trahissait parfois les brisures secrètes, on ne pouvait lui rendre plus bel hommage! Bref, ne ratez sous aucun prétexte cet «antibiopic» par excellence!

trois raisons DE voir le film

Actrice formidable, aussi secrète que son personnage, Jeanne Balibar, qui est également chanteuse, trouve sans doute dans cet acte de foi impossible son plus beau rôle.

Incassables diamants noirs, elles constituent le pivot du film, d’autant que le cinéaste se permet d’en faire entendre certaines, les moins connues, in extenso.

Mathieu Amalric joue de façon inouïe avec les voix de Barbara et de Balibar, qui constituent toutes les deux des «voies de l’âme». vad

de Mathieu Amalric

avec Jeanne Balibar, Mathieu Amalric, Vincent Peirani…

Durée: 1h37

Age légal/conseillé: 16/16 ans.


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